Besoin d'emplois colossal, filière en mal d'attractivité, formations inadaptées, concurrence néfaste entre secteurs d'activité : retour sur la table ronde « Quels emplois bas carbone pour la filière électrique d’ici 2050 ? » lors du Colloque annuel de l'UFE organisé le 8 juin dernier.
Chaque année, l'Union Française de l'Électricité (UFE) invite les acteurs du secteur de l'électricité à se rassembler et à débattre des grands enjeux de l'énergie, notamment de l'électricité, lors d'un colloque riche en face-à-face, en interventions et en tables rondes.
Dans le présent article, nous nous concentrerons sur l'une de ces dernières qui avait pour thématique « Quels emplois bas carbone pour la filière électrique d’ici 2050 ? »
Les intervenants
À cette occasion :
- Xavier Piechaczyk, Président du Directoire RTE,
- Rachel Bécuwe, Cheffe de service auprès de la déléguée à l’emploi et à la formation professionnelle auprès du Ministère du travail, du plein emploi et de l’insertion,
- David Margueritte, Vice-président de la région Normandie,
- Christine Gavini-Chevet, Rectrice au sein de l'Académie de Normandie,
- Frédéric Petit, Président de Siemens Gamesa Renewable Energy France
- et Moussa Camara, Président-fondateur de l'association Les Déterminés, ont pris la parole à tour de rôle pour dresser, dans un premier temps, un état des lieux de l'emploi et de la formation dans la filière avant de présenter, dans un second temps, les actions en cours ou à venir sur ces questions.
État des lieux de l'emploi au sein de la filière électrique : besoins et freins
Des métiers en tension et peu attractifs
Carine Rocchesani, journaliste et animatrice de cette table ronde, le rappelle : 600 000 personnes employées composaient la filière en 2018. Selon les dernières projections et en fonction du respect des objectifs de la PPE, 200 000 personnes en plus devraient la rejoindre d'ici 2030. En dépit de cet afflux potentiel de nouvelles recrues, de nombreux métiers sont en tension. Il existe, en outre, beaucoup de concurrence entre filières.
Or, comme souligné par Xavier Piechaczyk, les défis de la filière sont multiples :
- les objectifs de décarbonation dans le cadre du « fit for 55 », soit 55 % d'émissions nettes de gaz à effet de serre en moins par rapport à 1990 d'ici 2030, nécessitent de s'électrifier plus vite que prévu.
- Un impératif dans un contexte de guerre russo-ukrainienne incitant la France à relocaliser des industries.
Si M. Piechaczyk reconnaît qu'il s'agit d'une « bonne nouvelle pour l'emploi », il reste que ce processus de réindustrialisation va « soutirer plus d'électricité ». Autrement dit, ces défis en occasionnent un autre : recruter massivement de la main d'œuvre alors même que les métiers de la filière peinent encore à séduire et que l'offre actuelle de formations est parfois en inadéquation avec les besoins réels du terrain.
Une offre de formation encore inadaptée
La cheffe de service auprès de la déléguée à l’emploi et à la formation professionnelle, Rachel Bécuwe, soutient que la filière électrique est un « gisement d'emplois de demain ». Encore faut-il mettre en place les formations qui permettront de créer ces emplois.
À ce propos, David Margueritte prend exemple sur le secteur de la soudure et relate que les industriels « sont partis du constat [...] qu'il y a des difficultés énormes de recrutement chez les soudeurs, mais qu'en même temps, il y a un taux de chômage chez les soudeurs. Pourquoi ? Parce que le besoin de formation n'est pas en adéquation. Donc on a mis les industriels, les entreprises, autour de la table pour définir avec nous, la Région, le cahier des charges qui va bien pour recruter et éviter la technique habituelle du débauchage entre [...] industriels et [...] sous-traitants. »
Réforme de la formation professionnelle, féminisation des métiers du secteur : les leviers d'action pour le futur de la filière électrique
La formation comme fer de lance
Autour de la table, un consensus : sans la création de formations sur-mesure et durables, la filière électrique ne pourra relever les défis qui lui incombent. C'est pourquoi la réforme de la formation professionnelle, portée cette année par Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels et représentée dans cette table ronde par Rachel Bécuwe, visera notamment à :
- prévenir et lutter contre le décrochage scolaire,
- maintenir l'apprentissage comme voie d'excellence avec un objectif d'un million d'apprentis d'ici 2027, soit près de 200 000 de plus qu'actuellement,
- s'inspirer de l'apprentissage pour réformer l'enseignement au lycée professionnel afin que l'entreprise y soit davantage insérée,
- ou encore introduire une VAE (validation des acquis de l'expérience) inversée afin d'établir un état des lieux des compétences de la personne concernée et d'identifier des manquements pour accéder à une autre qualification.
Ces nouvelles compétences seront acquises via un contrat de professionnalisation. L'objectif étant de développer 100 000 VAE en plus des 30 000 existantes.
En Région Normandie, cette volonté de revalorisation de la formation s'est traduite par l'instauration d'un institut pour la formation professionnelle en académie. Grâce à cet outil d'analyse des besoins, la rectrice, Christine Gavini-Chevet, est en mesure de proposer des formations adaptées.
En 4 ans, 15 % des formations de la carte ont été transformées pour mieux correspondre au besoin économique.
À l'échelle nationale, ce travail d'anticipation et d'accompagnement de l'évolution des emplois et des qualifications se fait principalement au travers des EDEC (engagement de développement de l’emploi et des compétences).
La féminisation des métiers de la filière comme signal fort d'attractivité
Pour attirer vers ces métiers en tension, un bon véhicule d'informations pour illustrer tous leurs aspects est crucial. C'est la raison pour laquelle Siemens Gamesa Renewable Energy France, fabricant d'éoliennes, a noué un partenariat avec Pôle Emploi pour organiser des réunions visant à faire connaître les emplois de l'éolien.
Des sessions Pôle Emploi de même nature ont été organisées auprès des femmes afin de les inciter à s'engager vers les activités du secteur. Frédéric Petit rapporte ainsi que 30 % du public œuvrant dans ses usines de pales d'éolienne est désormais féminin.
Une percée encourageante et à poursuivre si l'on veut « gagner la bataille des filles dans les filières scientifique et industrielle », déclare Christine Gavini-Chevet. Si « on a beaucoup de filles, on n'a plus de problème d'attractivité, on n'a plus de problème pour trouver des jeunes dans ces filières-là. »